Chaque année, l’ECV Paris propose à ses étudiants de L2 et L3 de travailler sur des workshops, sous la direction d’intervenants de tous bords venus proposer des projets à réaliser lors d’une semaine de travail intensif. Des workshops qui ont donné lieu à des travaux surprenants, exposés à l’école le 11 février dernier.
Avec huit workshops au choix, en fonction de leurs préférences et de l’intérêt pour le projet proposé, les élèves de l’ECV Paris n’ont eu que l’embarras du choix. En groupe ou seuls, ils ont intégré un atelier, ont travaillé avec l’intervenant jusqu’à mener leur projet à bien en fonction des contraintes qui leur étaient imposées.
Outre la contrainte du temps, de la semaine de travail qui leur était impartie avant de présenter leur travail au reste de l’école, les étudiants ont dû se soumettre à celles que leur atelier leur imposait.
Une contrainte de discipline, notamment dans les ateliers de typographie qu’animaient Maxime Lemoyne ou de Mora Prince, qui ont travaillé à définir de nouvelles identités visuelles. L’atelier de M. Lemoyne imposait aux élèves de transformer le corps en un autre vecteur de langage, outre ce qu’il exprime déjà notamment par le son ou l’expressivité. Le corps est ainsi devenu le vecteur d’une nouvelle création typographique, bouclant la boucle d’un corps qui se fait à la fois signifié et signifiant. Chez Mora Prince, en revanche, c’est avant tout le développement de différents types d’identités visuelles qui a été mis en œuvre, prenant pour référence celle de l’ECV, en réutilisant les outils de création typographique qui font sa particularité.
La seconde contrainte qui s’imposait aux élèves était celle de la technologie. Dans l’atelier de Pierre Vanni, par exemple, les élèves ont eu l’opportunité de travailler sur le concept de la ruine grâce au détournement d’un logiciel pour enfants, “Fun”. Que les objets se créent ou se détruisent, que la destruction crée une nouvelle entité, tout a été pensé en vue de la création de nouvelles typographies, d’objets d’éditions, ou encore d’expérimentations physiques.
Autre contrainte technologique, celle de la maîtrise du développement d’un objet, de sa production à sa diffusion. Un atelier, animé par les créateurs du label Oneshotrecord, qui a permis aux élèves d’enregistrer un titre en studio, de la produire, d’en faire le clip et l’EPK (Electronic Press Kit), tout en réfléchissant au design de la pochette ainsi qu’à ses modalités de diffusion et de promotion.
Encourager les étudiants à développer un projet du début jusqu’à la fin, c’est également ce que proposait l’atelier de Virginie Pétratos, en ayant l’idée de les faire travailler sur un support de communication d’un évènement fictif, un cycle de conférences sur des oeuvres du compositeur John Cage, à l’IRCAM. Tout en tentant de transcrire graphiquement un univers sonore, les élèves ont été invités à incorporer cette réflexion dans une campagne de promotion d’un évènement précis, par le biais de l’informatique ou de la photographie.
Mais si ces contraintes peuvent sembler avoir le même point commun, la forme, l’atelier de David Rager encourageait à pousser la forme dans ses limites en questionnant ce qui n’est pas palpable : le temps. Peut-on trouver une alternative aux calendriers classiques, objets qui par définition matérialisent le temps? Une réflexion sur le fonds autant que sur la forme, un dilemme plus qu’une contrainte dont les étudiants se sont soustraits avec brio.
Dernière contrainte, et pas des moindres pour des étudiants dont une grande partie se destinent à être concepteurs et graphistes : la sémantique. Problème déjà abordé lors du workship de M.Vanni sur les ruines, il prend tout son sens de contrainte dans les ateliers proposés par Clémence Michon et Yohanna My Nguyen, et par le studio A Is a Name. Mais chacun à leur manière. A Is a Name proposait de créer un langage typographique et graphique correspondant à un mot de quatre lettres choisi par les étudiants. Clémence Michon et Yohanna My Nguyen sont quant à elles parties du jeu de société “Time’s Up”. Elles ont eu l’idée de demander à leurs étudiants de conceptualiser un objet imprimé autour d’une des personnalités du jeu. De la réflexion sur ce qu’évoque cette personnalité, à la conception du contenu éditorial, à la finalisation de l’objet, tout doit être cohérent avec ce que suggère la personnalité traitée. Un vrai travail sur le sens, donc, et ses multiples facettes.
Si les workshops sont avant tout une manière de faire travailler les étudiants dans de – presques – vraies conditions de travail, dans un temps imparti et selon des commandes particulières, c’est également pour eux un moyen de respirer un peu, de pouvoir se soustraire aux exigences académiques tout en travaillant avec des intervenants professionnels. De nouvelles exigences, un travail exposé devant tous les élèves, de nouvelles références et peut-être une nouvelle manière de travailler, les workshops de l’ECV sont à chaque fois une manière pour les élèves de se conforter dans leurs choix, ou de se découvrir de nouveaux centres d’intérêts à développer.
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